Quatuor Ardeo, quatuor à cordes

dimanche 10 mai 2026 – 17h00

@Marc de Pierrefeu

Mi-Sa Yang, violon
Sophie Williams, violon
Yuko Hara, alto
Joëlle Martinez, violoncelle

Musique de chambre
Entre profondeur et flamme, entre méditation et embrasement, c’est un même souffle qui circule : celui d’une nature intérieure où l’Eau et le Feu composent l’équilibre secret de l’âme…

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Pratiquée de tous temps, la ré instrumentation d’un morceau pour un effectif différent de l’original a connu des fortunes diverses : orchestration de pièces pour clavier, réduction au clavier de pièces pour orchestre, présentation d’une pièce dans des effectifs variés. Le but de ces arrangements était de permettre une diffusion plus large de la musique.

Henry Purcell (1656-1691)
Chaconne en sol mineur (Z.730)
Purcell est incontestablement le compositeur anglais le plus important de son temps. On le connaît surtout pour ses ouvrages lyriques, encore régulièrement représentés (King Arthur, The Fairy Queen, Dido and Aeneas), ses musiques religieuses commandées par la cour d’Angleterre, mais sa production instrumentale est également importante, et comprend de nombreuses pièces pour clavecin ou ensemble de violes. La Chaconne en sol mineur fut écrite vers 1680. C’est l’une de ses œuvres les plus connues pour ensemble de cordes, remarquable par son élégance, sa sobriété expressive et sa construction très maîtrisée. La version originale est écrite pour deux violons, alto et basse continue. Elle a été souvent réinstrumentée pour des effectifs divers, notamment pour orchestre à cordes, mais une version pour quatuor à cordes est incontestablement plus proche de l’original.

Comme souvent chez Purcell, les dimensions en sont limitées, ce qui permet aux interprètes et aux auditeurs de se concentrer sur la perception de la structure. La Chaconne est à l’origine une danse fondée sur une basse obstinée simple et grave sur laquelle les instruments des registres supérieurs brodent des fioritures et des variations. Purcell a structuré sa Chaconne de manière assez simple, autour d’une progression dramatique bien perceptible. La pièce tout entière est d’un caractère à la fois solennel et mélancolique. On appréciera la manière dont Purcell parvient à rester clair malgré une superposition de lignes mélodiques assez complexe.

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Variations Goldberg, BWV 988 (extraits)
Les Variations Goldberg constituent l’une des œuvres les plus importantes de Bach (si l’on joue toutes les reprises, leur durée est d’environ 75 minutes). Elles furent composées vers 1740, alors que Bach était depuis longtemps maître de chapelle à Saint-Thomas de Leipzig. Il ne s’agit cependant pas d’une œuvre à caractère religieux mais plutôt d’une construction purement intellectuelle, comme Bach eut l’occasion d’en composer quelques-unes vers la fin de sa carrière. Le cycle fut intégré, lors de sa publication, dans un ensemble modestement intitulé Clavier-Übung (La pratique du clavier), ce qui semble lui conférer un caractère pédagogique. Mais c’est surtout un tour de force compositionnel. Le cycle se fonde sur une aria lente et méditative, exposée au début et reprise à la fin. Cette aria fait ensuite l’objet de 30 variations de caractère très divers. On y trouve de nombreux canons, mais aussi des pièces proches de l’esprit de la suite de danse et même une ouverture à la française. Au contraire de nombreux compositeurs, Bach ne brode pas sur la mélodie de l’aria mais se fonde sur la structure harmonique de l’aria, qui est toujours respectée. Toutefois, la mélodie principale semble disparaître dans le discours et n’est reconnaissable qu’épisodiquement. Beethoven reprendra ce procédé dans ces célèbres Variations sur une valse de Diabelli, alors que Mozart, dans ses nombreuses variations, s’en tiendra à une conception décorative (une broderie sur un thème aisément repérable).

Une légende voudrait que ces Variations aient été composées pour adoucir les insomnies d’un certain comte von Keyserlingk, qui les avait réclamées à Johann Gottlieb Goldberg, élève de Bach. Mais les légendes musicales ont souvent été contestées.

Les Variations Goldberg ont été conçues originellement pour un clavecin à deux claviers, mais il en existe de nombreuses transcriptions.


Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes n°8 en mi mineur, op.59 n°2 (Final)
Quand Beethoven commence à s’imposer comme compositeur, au cours des dernières années du XVIIIe siècle, le quatuor à cordes (deux violons, alto et violoncelle) a pris une place importante dans le paysage musical européen. Mis au point dans les années 1760, il se trouve alors dans son âge classique : Haydn et Mozart, entre autres, lui ont donné ses lettres de noblesse. Le jeune Beethoven avait publié en 1800 un ensemble de six quatuors (op.18), composés au cours des années 1790. En 1807, il publie un nouveau cycle de trois quatuors (op.59), dédiés au Comte Razoumovski, ambassadeur de Russie auprès de l’Empereur d’Autriche. Ces chefs d’œuvre sont remarquables par leurs dimensions (près de 40 minutes pour les deux premiers), par la complexité de leurs développements, par la puissance quasi-orchestrale qui s’en dégage et, accessoirement, par l’emploi de thèmes populaires russes, pour faire plaisir au dédicataire. Le finale du Quatuor n°8 (Presto) combine la forme-rondo et la forme-sonate. Côté rondo, une alternance d’un thème principal (refrain), au caractère saccadé et quelque peu martial mais dans un tempo vif, qui revient à quatre reprises et d’épisodes aux caractères variés (couplets). Côté sonate, une exposition comprenant un thème principal et à un second sujet plus mélodique, suivi d’un développement assez important précédant une reprise variée, menant à une conclusion frénétique (Prestissimo).

Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)
Quatuor à cordes en mi b majeur, op. 44 n°3 (3e et 4e mouvement)
En 1839, Mendelssohn dédia au Prince héritier de Suède un ensemble de trois quatuors (op.44), les derniers qu’il composa. Il y opère une parfaite synthèse entre une conception très classique et un certain romantisme. Ces quatuors, très connus dans l’Europe entière, marqueront profondément les compositeurs contemporains, aussi bien en Allemagne (Schumann et Brahms les prendront pour modèles) qu’en France (Saint-Saëns, Lalo, Franck…) et en Europe de l’Est (Dvorak, Tchaïkovski). Du troisième de ces quatuors, nous entendrons les deux derniers mouvements. L’Adagio non troppo vaut pour son caractère profondément sensible, peut-être même sentimental, mais n’en est pas moins subtil et raffiné, comme le montrent les délicats passages en mode mineur au sein d’un discours globalement marqué par le mode majeur. Tout le mouvement est organisé selon le principe classique de la forme-sonate (exposition à deux thèmes, développement, réexposition variée et conclusion)
Le dernier mouvement (Molto Allegro con fuoco) est, comme le finale du 8e Quatuor de Beethoven un rondo-sonate à quatre refrains et trois couplets, avec un ample développement. Comme souvent chez Mendelssohn, c’est une page très brillante et virtuose qui conclut le quatuor de manière triomphale.

Jacques Bonnaure, ex-professeur agrégé de lettres, critique musical.
Collaborateur à Diapason, auparavant à La Lettre du musicien,
Opéra Magazine et Classica.

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