Une Sonate imaginaire – Voyage au cœur de la Romance

dimanche 17 mai 2026 – 17h00

Gloria Gashiviolon
Maniola Camuset-Trebickapiano

Musique de chambre
Dans le sillage des Harmonies de la Nature, ce duo violon-piano explore les paysages intérieurs de la musique romantique. Entre frémissements d’eau et élans de feu se dessine une sonate imaginaire, où se répondent lyrisme, confidence et ardeur.
Un voyage au cœur de la Romance, où le violon chante et le piano respire dans une même flamme expressive.

La musique romantique pour violon et piano se divise en deux fortes tendances : d’une part des grandes œuvres de vastes dimensions, essentiellement des sonates. Et puis des « Lollipops » comme on dit en Angleterre, des douceurs, charmantes pièces de genre mélodieuses et parfois sentimentales. C’est dans cette seconde tendance que les interprètes ont puisé ce programme.

Nigun du compositeur suisse Ernest Bloch (1880-1959) fait partie d’un triptyque, Baal Shem (1923), du nom d’un rabbin polonais fondateur du mouvement des Hassidim, qui voulaient atteindre Dieu par la musique et la danse. Bloch a souvent traité dans sa musique des thèmes hébraïques. C’est le cas ici comme dans les deux autres volets du triptyque. Nigun évoque la prière de l’hassid lorsque le nigun lui permet d’atteindre l’union. Le violoniste laisse libre cours à son inspiration pour atteindre une dimension extatique, figurée par des envolées lyriques, une riche ornementation et qui paraissent comme improvisés. Ce climat rhapsodique nous parle d’un monde intérieur de notre imaginaire et de son pouvoir créateur qui nous rend capables, selon les hassidim, d’appréhender le divin.

Beau soir de Claude Debussy (1862-1918) est la transcription d’une mélodie de jeunesse, composée au début des années 1890 sur un poème de Paul Bourget. Le caractère quelque peu sentimental et romantique de cette mélodie a tout naturellement intéressé les violonistes qui apprécient cet arrangement, peut-être plus souvent joué que la mélodie originale.

La Sicilienne de Gabriel Fauré (1845-1924) est à l’origine un morceau composé pour une musique de scène du Bourgeois gentilhomme de Molière (1893). Dans cette perspective, Fauré a écrit une sorte de pastiche néo-classique pouvant évoquer une danse de l’Ancien Régime. Plus tard, en 1898, il orchestrera le morceau et l’intégrera dans sa mise en scène pour la version anglaise de Pelléas et Mélisande de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck. Le morceau avec sa mélodie souple et sensuelle est si charmant qu’il a été transcrit pour des effectifs divers.

A peu près à la même époque, Jules Massenet (1842-1912) compose l’un des opéras les plus célèbres, Thaïs (1894), d’après un roman d’Anatole France. C’est l’histoire de la conversion d’une courtisane égyptienne par le moine cénobite Athanaël. La Méditation est en fait un interlude situé au milieu de l’opéra, au moment où Thaïs, lasse de sa vie futile et ébranlée par la force de conviction du moine, décide de renoncer à sa vie de plaisir et de se tourner vers la foi. Cette page extrêmement célèbre vaut par sa qualité mélodique et son intensité dramatique.

Les Trois Romances de Clara Schumann (1819-1896) datent de 1853, période tragique où la jeune pianiste voyait progressivement s’altérer la santé mentale de son mari Robert. Les trois pièces (Andante molto, Allegretto et Leidenschaflich schnell (passionnément rapide) sont caractéristiques du style de cette compositrice encore trop méconnue. Elles portent la marque de l’élan schumannien, avec peut-être plus de retenue, mais aussi celle de l’ami Felix Mendelssohn qui, avant Clara orienta la musique instrumentale allemande vers une sorte de romantisme classicisé.

Le lac des cygnes fut, en 1875, le premier ballet composé par Piotr Tchaïkovski (1840-1893). Cette partition de vaste envergure devait révolutionner la musique ballet. Jusque-là, les ballets se dansaient généralement sur d’aimables musiques routinières composées par des musiciens de seconde zone. Toutefois, Tchaïkovski avait été séduit et influencé par le ballet Coppélia du Français Léo Delibes, créé peu d’années auparavant. Il a ménagé au violon solo un bel Andante mélodieux (Andante puis Andante non troppo), introduit, dans la version originale par un long solo de harpe. Ce moment magique, qui accompagne un Pas de deux, ne manque jamais de faire le plus bel effet sur le spectateur et met en évidence les qualités de legato et la qualité du son du soliste. Quant à la Valse sentimentale, c’est à l’origine une brève pièce pour piano qui conclut les Six Morceaux pour piano, op.51, composés en 1882. Le morceau porte bien son titre. Composé autour de deux thèmes, dans une forme générale A-B-A, il est très caractéristique de la sensibilité discrète et pourtant intense du compositeur.


Jacques Bonnaure, ex-professeur agrégé de lettres, critique musical.
Collaborateur à Diapason, auparavant à La Lettre du musicien,
Opéra Magazine et Classica.


Remerciements à Romain Bourdon-Joliclercq, accordeur de piano diplômé de l’Institut National des Jeunes Aveugles à Paris (2015), pour son travail bénévole de préparation des pianos.

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