dimanche 31 mai 2026 – 17h00

Lorène de Ratuld1, piano
François Pineau-Benois2, violon
Sarah Chenaf3, alto
Aurélienne Brauner4, violoncelle
Thomas Garoche5, contrebasse
Musique de chambre
Depuis l’Antiquité, l’eau et le feu sont les forces premières. L’une coule, l’autre s’élève. L’une apaise, l’autre transforme. Chez Schubert, ces éléments ne s’opposent pas : ils se répondent. La musique devient alors l’espace où l’eau et le feu trouvent leur équilibre… l’harmonie de la Nature.
Franz Schubert (1797-1828)
L’œuvre de Schubert fut longtemps méconnue. Historiquement située entre l’imposant massif beethovénien et la génération romantique, celle de Mendelssohn, Chopin, Schumann, Liszt et Wagner, elle peina à trouver sa place. Déjà plus tout à fait classique, d’un Romantisme plus intimiste et moins flamboyant que celui de ses successeurs, il n’aurait pas fallu beaucoup insister auprès de certains mélomanes, critiques ou historiens de la musique pour leur faire avouer qu’ils considéraient Schubert comme un musicien quelque peu mineur. En son temps, une partie importante du milieu musical viennois était de cet avis et le compositeur ne connut guère de succès, ne fut jamais reconnu par ses pairs, hormis quelques amis proches, et n’obtint jamais le moindre poste officiel. Il n’eut même jamais l’occasion d’entendre certaines de ses partitions les plus importantes, créées bien après sa disparition précoce. D’ailleurs, pendant longtemps – plus d’un siècle – que connut-on de lui ? Quelques Lieder certes, mais trop rares pour que l’on comprît l’immense variété de cette production (plus de 600 numéros). Quelques pièces pour piano, mais pas les plus significatives (une ou deux sonates pas plus), la seule Symphonie inachevée – les autres, même la « Grande » étaient mal considérées, trop peu beethovéniennes pour les premières, trop longue et répétitive pour la dernière ; on ignorait quasiment tout de la musique de chambre, ainsi que de la musique religieuse, pour ne rien dire des œuvres lyriques qui ne sont toujours pas vraiment sorties des bibliothèques spécialisées. Qui pis est, Schubert était l’auteur de quelques « succès » généralement présentés dans des arrangements douteux qui les dénaturaient et n’accréditaient que trop le cliché d’un compositeur trop suave et sentimental : la Sérénade, l’Ave Maria, ou d’une vigueur naïve (la Marche militaire)
Les deux œuvres présentées aujourd’hui illustrent deux aspects de l’énorme production de Schubert, mais si l’effectif instrumental diffère, le Trio à cordes comme le Quintette « la Truite » donnent de Schubert une image plutôt lumineuse et positive.
Trio n°1 pour violon, alto et violoncelle en si bémol majeur (D. 471)
Ce trio de 1816 ne fut pas édité du vivant de Schubert. Il ne comporte qu’un seul mouvement un allegro de forme sonate, dans la tradition classique de Haydn et Mozart. Le style se révèle alerte lyrique gracieux, un peu mozartien, coulant et harmonieux. L’épisode central ou développement impose cependant un ton plus dramatique. Un autre mouvement plus lent a été ébauché mais Schubert n’en a pas poursuivi la composition…
Quintette pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse en la majeur, Op.114 (D. 667) « La Truite »
L’effectif de ce quintette est original, la contrebasse apparaissant rarement dans les œuvres de musique de chambre. Il fut composé en 1819, lors d’un agréable séjour de vacances au pied des Alpes styriennes, et cet aspect détendu est très perceptible dans cette œuvre en cinq mouvements, proche de l’esprit du Divertimento mozartien. Le premier mouvement (Allegro vivace), après une vigoureuse entrée en matière se construit sur deux thèmes, l’un chantant et méditatif, l’autre plus primesautier. Une saine énergie parcourt tout le morceau. L’Andante, marqué par une certaine instabilité tonale et de fréquentes modulations, est construit en deux parties. Comme souvent chez Schubert, on glisse imperceptiblement de l’ombre à la lumière et de la sérénité à la mélancolie. Le Scherzo, très bref, est au contraire animé d’une saine vigueur et d’une puissante pulsation rythmique. L’Andantino a donné son titre à l’œuvre et présente cinq variations de caractère contrasté sur le célébrissime lied La Truite, chaque instrument s’emparant à son tour du thème. Dans le finale (Allegro giusto), Schubert propose des thèmes de caractère hongrois, marqués par des rythmes de caractère populaire. Ici, plus de mélancolie mais une joyeuse explosion d’énergie.
Jacques Bonnaure, ex-professeur agrégé de lettres, critique musical.
Collaborateur à Diapason, auparavant à La Lettre du musicien,
Opéra Magazine et Classica.
Remerciements à Romain Bourdon-Joliclercq, accordeur de piano diplômé de l’Institut National des Jeunes Aveugles à Paris (2015), pour son travail bénévole de préparation des pianos.
Crédits photographiques
1. L’Oiseleur
2. Laurent Bugnet
4. Julien Benhammou
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