dimanche 14 juin 2026 – 17h00

Cyril Garac, violon
Jean-Yves Convert, alto
Bertrand Malmasson, violoncelle
Musique de chambre
Des extraits des Variations Goldberg de Bach, où le contrepoint s’écoule avec la limpidité d’une source vive, au Divertimento K. 563 de Mozart, animé d’un Feu clair et souverain qui illumine sans consumer, le programme fait dialoguer l’Eau méditative et la flamme rayonnante.
Jean-Sébastien Bach (1685-1750)
Variations Goldberg, BWV. 988, transcription pour trio à cordes (extraits)
Ces Variations Goldberg constituent l’une des œuvres les plus importantes de Bach (si l’on joue toutes les reprises, leur durée est d’environ 75 minutes). Elles furent composées vers 1740, alors que Bach était depuis longtemps maître de chapelle à Saint Thomas de Leipzig. Il ne s’agit cependant pas d’une œuvre à caractère religieux mais plutôt d’une construction purement intellectuelle, comme Bach eut l’occasion d’en composer quelques-unes vers la fin de sa carrière. Le cycle fut intégré, lors de sa publication, dans un ensemble modestement intitulé Clavier-Übung (La pratique du clavier), ce qui semble lui conférer un caractère pédagogique. Mais c’est surtout un tour de force compositionnel. Le cycle se fonde sur unearia lente et méditative, exposée au début et reprise à la fin. Cette aria fait ensuite l’objet de 30 variations de caractère très divers. On y trouve de nombreux canons, mais aussi des pièces proches de l’esprit de la suite de danse et même une ouverture à la française. Au contraire de nombreux compositeurs, Bach ne brode pas sur la mélodie de l’aria mais se fonde sur la structure harmonique de l’aria, qui est toujours respectée. Toutefois, la mélodie principale semble disparaître dans le discours et n’est reconnaissable qu’épisodiquement. Beethoven reprendra ce procédé dans ces célèbres Variations sur une valse de Diabelli, alors que Mozart, dans ses nombreuses variations, s’en tiendra à une conception décorative (une broderie sur un thème aisément repérable).
Une légende voudrait que ces Variations ait été composées pour adoucir les insomnies d’un certain comte von Keyserlingk, qui les avait réclamées à Johann Gottlieb Goldberg, élève de Bach. Mais les légendes musicales ont souvent été contestées.
Les Variations Goldberg ont été conçues originellement pour un clavecin à deux claviers, mais il en existe de nombreuses transcriptions, comme celle dont nous entendrons des extraits, pour violon, alto et violoncelle.
Wolfgang Amadeux Mozart (1756-1791)
Divertimento pour violon, alto et violoncelle en mi bémol majeur, K.563)
Au cours de sa carrière, Mozart aura composé de nombreux divertimenti (divertissements). Comme le nom l’indique, il s’agit d’une type d’œuvre agréable, destiné souvent destiné à créer une musique de fond dans une réception de la haute société, plus qu’à être véritablement écoutée et appréciée par des mélomanes avertis – la plupart de ces divertimenti, sérénades et autres cassations furent d’ailleurs composés au cours des années de jeunesse passées à Salzbourg, à l’intention d’une société aristocratique mais provinciale. La forme d’un divertimento est assez variable et peut comporter de trois à six voire sept mouvements, et l’instrumentation s’étend du quatuor à cordes à un orchestre complet.
Avec le Divertimento K.563, il s’agit en fait de bien autre chose. Certes, la forme est bien celle d’un divertimento en six mouvements mais nous sommes en 1788, A trente-deux ans, Mozart est à l’apogée de sa carrière. L’année précédente, il a séduit le public praguois avec Don Giovanni et il vient de composer trois grandes symphonies (n°39, 40 et 41) qui seront ses dernières. Malheureusement, sa situation économique et financière est très précaire, et le frivole public viennois se détourne de lui. Le Divertimento est probablement destiné, comme d’autres œuvres de la même époque, à une soirée de musique de chambre chez Michael Puchberg, à qui Mozart l’a dédié. Puchberg était un ami proche, franc-maçon comme Mozart et qui l’aida occasionnellement dans le besoin. Le caractère maçonnique de la partition est discrètement signalé par la tonalité de mi bémol majeur, avec les trois bémols à la clé, en forme de triangle, copiant les trois points de la franc-maçonnerie. Au contraire des divertimenti de jeunesse, celui-ci est une œuvre savante et très élaborée quoique pleine de charme et d’un accès immédiat, en dépit de ses vastes dimensions.
Mouvement 2 : Adagio. On retrouve ici l’audace de l’Allegro initial, dans une ambiance profondément méditative. L’harmonie est encore d’une grande nouveauté que l’on ne retrouvera pas avant les quatuors de Beethoven, trente ans plus tard. La forme du mouvement est, traditionnellement A-B-A’ mais la réexposition (A’) est très amplifiée et d’un style sobrement dramatique. Ici, Mozart a poussé à leur maximum les possibilités expressives du trio à cordes.
Mouvement 4 : Andante. Il s’agit d’un mouvements à variations. Le thème, chantant et facilement mémorisable évoque une chanson populaire. Chaque variation possède un caractère bien marqué. 1/ Riche contrepoint à trois parties, 2 : variation plus rythmique, 3 : variation en mineur, aux nuances délicates, dans un style « à l’ancienne », qui se tourne vers l’époque baroque, 4 : un choral lui-même varié, de caractère assez austère.
Mouvement 6 : Allegro. Pour finir, un important rondo-sonate (avec refrains et couplets) dans un style contrapuntique audacieux. Les deux thèmes sont apparemment joyeux et faciles mais vont se prêter à de complexes jeux formels, avec d’étonnantes superpositions rythmiques qui donnent une impression de puissance symphonique, comme si, par un effet de trompe-l’oreille, le trio entendait égaler la force d’un orchestre.
Jacques Bonnaure, ex-professeur agrégé de lettres, critique musical.
Collaborateur à Diapason, auparavant à La Lettre du musicien,
Opéra Magazine et Classica.
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